Publié le 14 juin 2020 à 12h00

Quand Denys Lable et Francis Cabrel « ressuscitent » Dick Rivers

Francis Cabrel et Dick Rivers : l’amitié entre le chanteur d’Astaffort et le rocker niçois remonte au début des années 80. (Photo DR)
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Trente ans après leur spectacle, « Rock’n’Roll Show », Denys Lable, guitariste, Francis Cabrel, le chanteur, et Dick Rivers, le rocker disparu, célèbrent les pionniers du rock dans un CD inédit de 19 titres et un DVD.

L’amitié entre le chanteur d’Astaffort et le rocker niçois remonte au début des années 80, unis dans la même passion pour le rock des origines, celui d’Elvis, de Buddy Holly et autre Chuck Berry. Dix ans plus tard, tous deux décidaient de monter un spectacle dédié à leurs héros américains. Ce sera le « Rock’n’Roll Show » qui fait l’objet aujourd’hui, un an après la disparition de Dick Rivers, d’un CD de 19 titres plus un DVD enregistrés au Bataclan et en tournée.

« C’est un témoignage, l’orchestre joue superbement, Dick chante superbement, c’est une façon de lui rendre dignement hommage », note Francis Cabrel. Son fidèle guitariste, Denys Lable raconte l’origine de cette résurrection.

30 ans après, ce concert hommage est-il une façon de ressusciter Dick Rivers ?

Denys Lable : C’est la raison principale de cet album qui, à l’époque, n’a pas été édité parce que Francis Cabrel venait de sortir « Sarbacane » qu’on a enregistré ensemble et qui était un gros succès. Il avait une amitié de longue date avec Dick Rivers qui a lancé l’idée d’un spectacle commun et l’a baptisé le « Rock’n’Roll Show ». Et quand on s’est retrouvé, l’an dernier, à l’église pour l’enterrement de Dick Rivers, je lui ai rappelé l’époque de cette tournée et de ce live qu’on avait enregistré au Bataclan et filmé en caméra portée.

Denys Lable et Dick RiversDenys Lable et Dick Rivers. (DR)Comment avez-vous retrouvé les bandes ?

En fouillant dans les cartons, chez moi. Et un des membres du groupe Les Parses, m’a dit qu’il avait tourné une VHS que j’ai également retrouvée. Du coup, je me suis mis au travail pour les remastériser. C’était le meilleur hommage qu’on pouvait lui rendre.

D’où vient le nom des Parses ?

De Dick Rivers qui, dans le Sud-Ouest où il avait une maison, nous racontait que là-bas, on se disait pour se saluer : comment vas-tu comparse ? Il a enlevé le « com- » et gardé le « parse » qui est devenu Les Parses. Ça nous a fait rire. Et du coup, c’est devenu : Cabrel/Rivers et Les Parses.

C’est un témoignage, l’orchestre joue superbement, Dick chante superbement, c’est une façon de lui rendre dignement hommage.
Que représentent pour vous des rockers comme Chuck Berry, Elvis Presley, Eddie Cochran, Buddy Holly ?

Je suis de cette génération issue du « blues boom » anglais des années 60. Chuck Berry et les autres ont nourri ma jeunesse. À l’époque, j’écoutais aussi le groupe de Dick Rivers, Les Chats Sauvages. Il a commencé à chanter très jeune et quand on s’est retrouvé plus tard, on s’est rendu compte qu’on avait les mêmes influences.

Quels souvenirs gardez-vous de lui ?

Le souvenir de quelqu’un qui avait conservé une espèce de fraîcheur enfantine. Dans sa façon d’être, de s’exprimer, de parler de ses passions et de chanter sur scène. Unique en son genre, une sorte de Peter Pan rock. Il était félin, souple, sans la lourdeur de certains que je ne nommerai pas. Avec lui, ça « groovait ! ». Un bonheur pour les musiciens ! Il avait le phrasé, en prise direct avec le rock, comme né dedans. D’ailleurs, Francis Cabrel le souligne dans une note qui figure dans le cd « Rock’n’Roll Show » : « Dick Rivers avait vraiment, totalement, absolument, cette musique dans la peau, dans le cœur, dans la voix, dans les veines ».

Quand se sont-ils rencontrés ?

En 1980 ou 1981, raconte Francis Cabrel, lors d’un voyage organisé par une station de radio (les Olympiades d’Europe 1, NDLR) qui invitait plusieurs dizaines d’artistes à passer trois jours de rêve dans un club en bord de mer. C’est là qu’ils ont pu comparer pour la première fois leur amour respectif pour Elvis et Chuck Berry. Leur amitié venait de naître et ils se sont retrouvés, dix ans plus tard, pour monter ce « Rock’n’Roll Show ».

À lire sur le sujetLa chronique du « Rock’n’Roll Show »
Malgré quelques hauts et bas dans sa carrière, notamment dans les années 70, Dick Rivers n’a jamais décroché. Qu’en pensez-vous ?

Il n’a jamais abdiqué mais n’était pas fait pour la variété. Sa légitimité, il la tenait du rock.

Sur les 19 titres de « Rock’n’Roll Show », quels sont vos préférés ?

Pas facile ! Moi, j’aime tous les titres de cet album que je trouve très émouvant. « Twenty Flight rock » d’Eddie Cochran et « Rip it up » de Little Richard, Dick Rivers les reprend à la perfection et emmène tous les musiciens derrière lui. La reprise de « Good Golly, Miss Molly » est réussie, très dans l’esprit musical, vintage de l’époque.

Pour fêter la sortie de cet album-hommage, Francis Cabrel en a profité pour enregistrer un single, « Dans le rôle du rock », sur lequel il chante sur la voix de Dick Rivers. Un bonus ?

Oui et un hommage plus personnel à son ami. Lors des obsèques, il m’a dit : « J’aimerais bien enregistrer une chanson que j’avais écrite pour Dick, « Dans le rôle du rock » et l’inclure dans l’album ». C’est une chanson qui résume bien la personnalité de Dick. Un beau duo posthume.

« Rock’n’Roll Show » (Pias Musique), en CD + DVD et en double vinyle.